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vendredi 10 octobre 2008

Krach boursier : on change pas une équipe qui perd


Nostradamus l'avait prédit. Dans ses fameux "Quatrains" le célèbre prophète ne déclarait-t'il pas :

"Dans les Bourses mondiales il y aura des grandes chutes
Le Paris Saint Germain ne marquera pas de buts
Face à la crise, impuissant sera le petit chef hongrois
La Tecktonik un jour se démodera"?

Si Nostradamus l'avait prédit, force est de constater qu'il n'est pas le seul: depuis des années de nombreux intellectuels, économistes, citoyens s'inquiétaient des déviances du capitalisme actuel.
Depuis les banquiers et politiques s'agitent mais rien ne change vraiment: alors que les multinationales ont brillé par leurs délocalisations, leurs placements dans les paradis fiscaux, leurs invitations à diminuer la pression fiscale, leurs parachutes dorés, aujourd'hui elles invitent l'Etat - entité quasi-bolchévique pour elles il y a peu - et donc le contribuable à mettre la main à la poche pour sauver leurs erreurs en vertu du principe qui consiste à privatiser les profits et à publiciser les pertes.

Et divers faits montrent que les grands patrons sont loin d'aller si mal.

Ainsi chez AIG, qui a reçu 37,8 milliards de dollars de fonds publics pour la sauver de la faillite, on apprend que quelques jours après cette nationalisation, la direction de l'entreprise a organisé un séminaire dans un hôtel de luxe de Los Angeles, coûts des frais de massage, banquets et parties de golf : 440 000 dollars. Merci gentil contribuable américain.

Même chose pour Fortis, qui a obligé les autorités du Bénélux et de la France à passer des nuits blanches au vu de sa situation quasi-faillitaire. On apprend que l'entreprise vient de dépenser 150 000 € pour recevoir des courtiers dans un hôtel de luxe monégasque.

On apprend aussi que Gérard Le Fur, ex-directeur général de Sanofi-Aventis, qui a fait perdre 27 % à l'action en un an, reçoit malgré tout un parachute "diamanté" : 2,7 millions d'euros et un petit poste pépère pour un salaire de 150 000 € mensuels (Marianne, 27 septembre 2008).

Et l'Etat dans tout ça, dont les caisses étaient vides il y a peu et qui fait preuve de beaucoup d'imaginations pour lever des fonds (ponction de l'épargne populaire ou du 1 % logement, amnistie des exilés fiscaux...)? Le Canard Enchaîné du 1er octobre nous raconte que François Fillon s'est accordé un week end bien mérité. Afin de s'y rendre il a utilisé un Falcon 900 à 6 000 € l'heure de vol, alors qu'un plus écologique déplacement en TGV lui aurait coûté 69,70 € par passager. Pas étonnant que les caisses de l'Etat soit vides...

Même jeu, mêmes joueurs, le capitalisme de la régression a de beaux jours devant lui.


mercredi 6 février 2008

Alain Minc et le capitalisme français

Selon certains experts et intellectuels, la France serait un pays économiquement archaique, peuplé de syndicats sectaires, de fainéants vénérant les 35 heures, leurs droits acquis et les RTT.
Pourtant une étude plus poussée du capitalisme français démontre le caractère moyen âgeux de celui-ci. Celui-ci se distingue en effet par son opacité, ses connivences et son système de réseaux, bien loin du système libéral anglo-saxon dont se réclame l'intelligentsia française.
Ainsi dans son ouvrage « Petits conseils », Laurent Mauduit, ex-journaliste du Monde, s'attarde sur le cas d'Alain Minc, véritable portrait vivant du capitalisme à la française.

Alain Minc et la Caisse d'épargne

Comment Laurent Mauduit, auteur de l'ouvrage, a-t'il été amené à démissionner du magazine Le Monde qui était pourtant son employeur?
Tout commence avec un scoop concernant la Caisse d'épargne. Celle-ci négocierait dans le plus grand secret un accord avec la Banque populaire, en vue de créer une structure commune : Natixis. Laurent Mauduit est particulièrement intéressé par cette info, d'autant que beaucoup de choses l'intriguent dans cet accord : il est fait sans l'accord pourtant obligatoire de la Caisse des dépôts et consignations, est particulièrement avantageux pour la Banque Populaire. Lorsque la Président de la CDC, Francis Mayer, est hospitalisé pour de graves problèmes de santé (qui le feront d'ailleurs décéder), les négociations s'intensifient...
Laurent Mauduit souhaite balancer l'info dans le magazine Le Monde, et là stupeur : bâtons dans les roues, retards, coupes dans l'article, veto de l'avocat...au final l'article est partiellement censuré.
Laurent Mauduit décide de faire quelques recherches et là il découvre que la Caisse d'épargne est un actionnaire du Monde, qu'Alain Minc a été conseiller d'une des caisses régionales et qu'il avait conseillé Charles Milhaud, président de la Caisse d'épargne, dans une opération financière agressive à l'égard de la CDC, qu'en 2002 la Caisse d'épargne fut la troisième contributrice à un appel à financement du Monde (qui obtient même le secret de cette transaction grâce à une dissimilation comptable qui permet de cacher le nom du donateur).
Notons que pour ses conseils à la Caisse d'épargne Alain Minc toucherait entre 150 000 et 200 000 € par an, que la banque Rotschild – conseillère de la Caisse d'épargne - est aussi conseillère du Monde, que Le Monde souhaite fusionner ses activités médiatiques du Midi avec celles du groupe Lagardère avec l'aide...de la Caisse d'épargne, que celle-ci a engagé en son sein plusieurs connaissances de Nicolas Sarkozy dont l'épouse de Brice Hortefeux.
Toutes ces informations justifient-elles la censure partielle de l'article de Laurent Mauduit? Une plongée dans le monde d'Alain Minc permet de se poser des questions.

Alain Minc et le groupe de Vinci

Tout le monde en France se souvient de la polémique créée par le départ d'Antoine Zacharias du groupe Vinci avec un gros chèque à la clé en juin 2006. Ce que les gens connaissent beaucoup moins ce sont les coulisses de cette affaire, dans laquelle se situe encore l'omniprésent Alain Minc, véritable Nicolas Sarkozy du monde des affaires.
Suite à une fusion à la Alain Minc entre SGE et GTM, Antoine Zacharias est nommé PDG du nouveau groupe, Vinci. Cette fusion est une nouvelle fois douteuse car si la GTM est dirigée par un ami d'Alain Minc, Gérard Mestrallet, celui-ci a la surprise de découvrir qu'Alain Minc – qu'il rémunère pour des conseils à Suez - dispose de beaucoup d'amis à la SGE datant de l'époque où il officiait à Saint Gobain, qu'Antoine Zacharias, le nouveau PDG de Vinci, est aussi conseillé par Alain Minc.
Et entre Antoine Zacharias et Alain Minc va s'organiser un pacte d'enrichissement mutuel : Alain Minc touche ainsi 160 000 € annuels pour prodiguer ses conseils, qui consistent en fait à prendre un ou deux petits déjeuners mensuels avec le PDG dans un restaurant chic parisien; par ailleurs il rentre au comité de rémunération de l'entreprise et organise les rémunérations virtigineuses d'Antoine Zacharias.
Antoine Zacharias approchant de la retraite, le successeur désigné est Xavier Huillard. Cependant celui-ci a le malheur d'appeler Antoine Zacharias a faire preuve de raison dans ses primes de départ, craignant des effets sur l'opinion publique et un déballage médiatique.
Alain Minc et Antoine Zacharias décident donc de se débarasser de Xavier Huillard en proposant une de leur relation pour le remplacer, Alain Dinin. Les motifs du remplacement étant fallacieux, Xavier Huillard sent qu'on souhaite l'évincer. Une guerre des clans s'organisent, Xavier Huillard rédige alors une lettre adressée au conseil d'administration dénonçant les pratiques du couple Minc-Zacharias, avant de démissionner. Un conseil d'administration est organisé qui désavoue Zacharias.
Lors de son départ Le Monde publie un article élogieux sur Zacharias avec des citations d'administrateurs anonymes. Cependant certaines expressions typiques d'Alain Minc se retrouvent dans cet article. Et lorsque le nouveau PDG de Vinci prend une décision déplaisant à Alain Minc, celui-ci le critique par une lettre qu'il transmet le 15 juin 2006 au matin. Les extraits de cette lettre sont publiés dès l'édition du soir du Monde...
C'est alors qu'Alain Minc retourne sa veste et prend la tête des intransigeants envers Zacharias. Dans le même temps Veolia annonce qu'il souhaite faire une OPA contre Vinci. Notons que Veolia est conseillée par un certain Alain Minc. Artémis entre aussi dans le capital de Vinci. Entreprise dirigée par François Pinault, ami d'Antoine Zacharias et conseillé par...Alain Minc.

Alain Minc et Vincent Bolloré

Autre gros client d'Alain Minc, Vincent Bolloré, l'homme qui parle à l'oreille du Président de la République.
Cet homme provient du clan de Claude Bébéar, grand parrain du capitalisme à la française. Il est notamment membre du Club Entreprise et Cité (avec Jean René Fourtou, Thierry Breton...).
Leur amitié date de l'époque où Alain Minc négociait avec le groupe Bouygues pour la constitution du groupe Vinci. Suite à l'échec des négociations, et avec un grand esprit de discrétion, Alain Minc contacte Vincent Bolloré pour lui proposer de faire une OPA sur le groupe. Les négociations lui ont en effet permis de disposer de beaucoup d'informations sur le groupe (sous coté en Bourse, fragilité depuis le décès de Francis Bouygues). Il est convenu qu'Alain Minc touche 1 % des plus values réalisées.
Une OPA est donc lancée. Après diverses aventures un pacte d'actionnaire est signé entre Martin Bouygues et Vincent Bolloré afin de calmer les hostilités. Ce pacte est trahi par Bolloré dès le lendemain de sa signature, Bouygues décide alors de le faire rentrer au conseil d'administration du groupe. A ce poste il met en doute les finances du groupe, diligente même un ancien de la brigade financière pour prouver des malversations. Au terme Bolloré se désengage, un autre ami de Minc, François Pinault rachetant ses parts. Bilan : 230 millions d'euros de plus values en 8 mois pour Bolloré et 1 % à Minc.
Cette somme est aussitôt réinvestie dans une autre OPA contre le Groupe Pathé. Bilan : une hausse de 40 % de l'action en Bourse et une plus value de 300 millions d'euros et 1 % à Minc. Même opération pour Havas et Aégis.
Vincent Bolloré doit aussi à Alain Minc son entrée dans les médias. Ainsi Alain Minc, qui est rémunéré par Bolloré, « accepte » qu'il soit choisit par Le Monde pour lancer un gratuit, Direct Soir! Alain Minc ou le roi du conflit d'intérêt. Le fils de Vincent Bolloré dirige aussi une chaine de la TNT, Direct 8, dans laquel un expert dispose de son émission hebdomadaire. Le nom de cet expert? Alain Minc...

samedi 26 janvier 2008

Jacques Attali : après l'invasion médiatique, les remontrances juridiques?

A l'heure où Jacques Attali fait la une de nos médias pour son rapport sur la libération de la croissance, une autre information le concernant demeure par contre plus confidentielle. L'Autorité des marchés financiers (AMF) souhaite en effet l'auditionner car elle le soupçonne de conflit d'intérêts. Dès lors Jacques Attali devra-t'il affronter les remontrances des Supernannys de la délinquance boursière?

L'histoire narrée par le site Internet Bakchich débute en juillet 2005. A cette époque le magazine Challenges, suivi par les médias français et par le Financial Times, relaye une rumeur : Danone pourrait être racheté par Pepsico dans le cadre d'une OPA. L'annonce fait effet : l'action Danone augmente de + 27 % en un mois, avant que Pepsico ne nie la rumeur qu'au bout d'un mois.
L'AMF lance une enquête le 26 juillet 2005 afin de vérifier s'il n'y a pas eu de manipulation de la part de Danone dans le cadre de cette rumeur. Les enquêteurs s'intéressent notamment à Jacques Attali dont la société de conseil en stratégie, Attali et associés, effectue des missions ponctuelles pour Danone, mais qui est aussi conseiller de Pepsico, d'où un possible conflit d'intérêt.

Au terme de sept mois d'enquêtes l'AMF repart bredouille : ils n'ont aucune preuve de manipulations. Par contre ils maintiennent leurs doutes concernant Jacques Attali. Dans le cadre de l'enquête il avait été auditionné, avait contesté les faits, et dénié s'être rendu à Londres pour discuter avec les dirigeants de Pepsico.

Pourtant une perquisition effectuée chez Jacques Attali il y a quelques semaines a permis de retrouver des factures de carte bancaire émises à Londres avec des dates correspondants à la période où Jacques Attali ne se serait pas rendu à Londres.
Dès lors les enquêteurs de l'AMF réclament une nouvelle audition de Jacques Attali, malgré l'avis contraire de leur hiérarchie. Le site Bakchich a contacté Jacques Attali qui leur a répondu par un fax disponible sur leur site.

Dans ce fax il demeure très évasif : il confirme avoir conseillé les deux entreprises, et en avoir rencontré les dirigeants, par contre il affirme ne jamais avoir reçu de mandat de leur part; il indique ne pas être au courant des initiatives de l'AMF et s'interroge sur le sens du mot “facturette”.

En tout cas, on regrette que quelque soit l'avancée du dossier Jacques Attali n'ait pas proposé une moralisation et une transparence du capitalisme financier dans son rapport, proposition d'actualité au vu des effets de la crise des subprimes et de la supposée fraude purement individuelle d'un trader de la Société Générale.
Concernant ses problèmes avec l'AMF, nul doute que Jacques Attali passera moins dans les médias pour en parler. “La discrétion est d'une grande valeur” affirmait Lao-Tseu...

lundi 21 janvier 2008

Alain Minc : le seigneur des réseaux

Alain Minc est un énarque qui fit le choix du pantouflage (partir dans le privé après une formation de haut fonctionnaire) après avoir été inspecteur des Finances. Brillant intellectuel, il se distingua dans les années 80 par des échecs en tant que conseiller d'entreprises (Saint Gobain, Société Générale Belge...).
Dans les années 80, il fit parti des créateurs d'un haut lieu de la pensée unique, la fondation Saint Simon qui avait pour but de réunir des intellectuels, des journalistes (Serge July, Anne Sinclair, Franz Olivier Giesbert, Christine Ockrent, Jean Daniel, Jean Pierre Elkabbach...), des chefs d'entreprise (Christian Blanc, Jean Peyrelevade, Jean Luc Lagardère, Francis Mer...)
afin de mettre en commun leurs réflexions. A terme il devint un lieu de promotion du social-libéralisme, politique « moderne » et seule politique possible aux yeux de leurs membres.
Il est aussi à l'époque expert attitré d'une émission de TV, « Vive la crise! », animée par Yves Montand. Cette émission avait pour but de faire la propagande libérale-populaire qui avait abouti au succès de Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Les reportages sont très orientés (les privilèges des fonctionnaires, l'assistanat...) et font l'apologie de l'entrepreneur (à noter un éloge d'un jeune chef d'entreprise vendéen...Philippe de Villiers). Ainsi dans cette émission Michel Albert déclare que si la France ne suit pas les recettes libérales elle deviendra aussi riche que l'Afghanistan!
Dans les années 90, il devint président du Conseil de surveillance du Monde, mais aussi président du fan club d'Edouard Balladur.
Mais surtout à cette époque il trouve sa poule aux oeufs d'or : conseiller de grands patrons.


Alain Minc s'était déjà constitué un bon carnet d'adresse grâce à son activité à la Fondation Saint Simon, mais aussi par son rôle de membre du conseil d'administration du Siècle – club huppé qui réunit l'élite parisienne - son activité de conseiller de grands patrons va étoffer sa clientèle. Le premier talent d'Alain Minc c'est de cultiver des amitiés dans différents mondes : médiatique (grâce au journal Le Monde), industriel (Pinault, Bolloré, Maurice Lévy, Edouard de Rotschild, Zacharias, Proglio...), politique (Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy, Thierry Breton, Dominique Strauss-Kahn). Cette confusion des genres est très profitable à son activité de conseil : il tient le levier politique, les soutiens médiatiques et financiers. De quoi attirer les clients...

Son deuxième talent c'est son statut d'initié : lorsqu'il conseille un industriel, il place souvent ses hommes à des postes stratégiques, ce qui lui permet de disposer d'antennes dans les grandes entreprises; lors de repas professionnels il n'hésite à faire des confidences utiles à ses interlocuteurs, sachant que les infos que ceux-ci lui donneront pourront être ultérieurement balancées; sa connaissance de certaines entreprises, de par son statut de conseiller, lui sert aussi lorsqu'il conseille des entreprises concurrentes...

Homme de réseau (« le Seigneur des réseaux » selon l'Express), circulateur d'information , Alain Minc est le parfait symbole d'un capitalisme français opaque, peuplé de parrains qui évoque beaucoup plus l'Ancien Régime que le ving et unième siècle.

Enfin pour crédibiliser son image d'intellectuel il écrit tous les ans des essais. Au vu de ses amitiés (BHL, Jean Daniel, Franz Olivier Giesbert...) et de sa mainmise dans certains médias ceux-ci font l'objet d'éloges unanimes. Jean Daniel raconte ainsi le harcèlement téléphonique qu'il a connu pour faire un papier-promo pour son essai sur Spinoza. Le problème est que quelques semaines après sa sortie un écrivain, Patrick Rödel porte plainte pour plagiat. Cet écrivain avait en effet rédigé un ouvrage sur Spinoza qui était un mélange de fiction et de réalité. Hors dans son ouvrage les éléments sortis tout droit de l'imagination de Patrick Rödel (ainsi une recette de confiture de roses complètement inventée par lui) apparaissent dans l'ouvrage d'Alain Minc. Et là on découvre qu'Alain Minc utilise trois « nègres » pour rédiger ses ouvrages. Tout un mythe qui tombe.

Mais au-delà de cet aspect critiquable du système Minc, l'ancien journaliste du Monde Laurent Mauduit critique dans son ouvrage "Petits conseils" les interventions concrètes et douteuses d'Alain Minc dans certains dossiers : Caisse d'épargne, Vinci, Libération, Le Monde, les affaires de Vincent Bolloré qu'il conseille...pour plus de précisions voir dans "Nos dossiers".

mardi 27 novembre 2007

Le pouvoir d'achat des actionnaires : personne n'en parle?


Décidemment Nicolas Sarkozy qui fut naguère dépeint comme un néo-fasciste semble bien être en fait la réincarnation du Mahatma Gandhi. Après avoir généreusement permis aux racailles en col blanc d'être exemptés de Kärcher, en dépénalisant le droit des affaires, Nicolas Cé-Sarkozy vient une nouvelle fois de faire preuve de sa grande générosité.
Par deux textes législatifs votés au Parlement par sa majorité il a en effet étendu son fameux "travailler plus pour gagner plus" à ceux qui ne travaillent pas plus, à savoir nos amis investisseurs en bourse.

Première mesure : la suppression de l'impôt de bourse. Celui-ci était de 0,3 % pour toute transaction supérieure à 7 668 €. Et bien le Mahatma Sarkozy a décidé de le supprimer. Pour faire passer la pilule la fiscalité sur les plus values est passée de 16 à 18 %, mais cette mesure est compensée dans le même temps par le passage du seuil d'imposition de 20 000 à 25 000 €.

Seconde mesure : la réforme de la fiscalité des dividendes. Ceux-ci pourront être soumis au prélèvement libératoire. Concrètement cette mesure technique permettra d'abaisser le taux réel pour les hauts revenus de 24 à 18 %. Le site Bakchich s'est ainsi amusé à calculer le bénéfice pour un contribuable lambda, tel que Bernard Arnault. Celui-ci a touché 327 millions d'euros de dividendes en 2007, sans avoir besoin de travailler plus. Avec cette même somme dans les années à venir ça lui ferait un bénéfice de 19,56 millions d'euros annuels!

Toutes ces mesures auront un coût, puisqu'elles créeront un manque à gagner pour l'Etat. L'hebdomadaire Marianne chiffre a 240 millions d'euros annuels le manque à gagner pour la première mesure. Mais aucun autre média n'a fait référence à ces mesures, ni même à leur coût, alors que chacun d'entre eux a sorti son Bertrand Renard de service pour calculer le coût de la grêve "égoïste" menée par les "privilégiés" de la SNCF et de la RATP, au détriment d'usagers "excédés".
Il y peu François Fillon affirmait que la France était en faillite. C'était après une cuite?

lundi 26 novembre 2007

Le pouvoir d'achat des grands patrons : personne n'en parle?

Alors que certains s'étaient émus d'une disposition du programme présidentiel de Ségolène Royal visant à porter le SMIC à 1 500 € en 2012, signalons qu'en 2005 le salaire moyen des patrons du CAC 40 a été de 6,3 millions d'euros. En tête, Lindsay Owen-Jones (22,6 millions d'euros), Bernard Arnault (16,2), Jean-René Fourtou (13,6), Antoine Zacharias (13,2) et Bernard Charlès (12).

Au-delà de ces salaires, un autre mode de rémunération majeur existe, les indemnités de départ : 38 millions d'euros pour Daniel Bernard (notons que l'année de l'obtention de cette "prime" la direction de son entreprise, Carrefour, avait refusé les revendications de ses salariés qui voulaient augmenter le montant de leurs tickets restaurants...) ou Philippe Jaffré d'Elf (30 millions). Il y a quelques mois a été aussi largement médiatisée le cas d'Antoine Zacharias qui devait partir avec 250 millions d'euros.

Depuis quelques années ces salaires ont fortement augmenté (+80% entre 2000 et 2003), notamment du fait de l'importance prise par les stock-options - la France, à l'exemple de la Coupe du Monde est vice-championne du monde en la matière derrière les Etats Unis. Autre motif d'inflation : le manque de transparence dans l'attribution des salaires fixés par les comités de rémunération qui sont peu indépendants et composés de dirigeants d'autres entreprises notamment. Dès lors par un jeu de chaise musicales, untel attribue un bon salaire à un dirigeant qui lui renvera l'ascenseur dans sa propre entreprise. Ces copinages sont d'autant plus simples que les dirigeants français sont issus des mêmes écoles et fréquentant les mêmes clubs "d'amitiés".

Les salaires officieux des patrons se décomposent ainsi : les stock-options sont des primes calquées sur les résultats en Bourse d'une entreprise, les golden hellos sont des primes de bienvenue (Jean-Charles Corbet, dont l'entreprise était au bord du gouffre s'était ainsi attribué 800 000 € de prime), les golden parachutes sont les primes de départ, les retraites-chapeau sont des rentes versées à l'ex employeur partant à la retraite. Citons aussi les jetons de présence aux conseils d'administrations des potes. Ainsi Daniel Bernard touchait 60 000 € par an pour simplement assister aux conseils d'administrations d'Alcatel et de Saint Gobain.

Ce qu'il y a de choquant est le fait que ces salaires ou ces primes jouent même si l'entreprise du dirigeant connait des difficultés financières, parfois de leur faute (citons Pierre Bilger à Alsthom qui a finalement renoncé à ces rémunérations, Jean-Charles Corbet à Air-Liberté ou Igor Landau d'Aventis). Ou le fait que ces rémunérations ne sont pas forcément justifiées par un travail : ainsi Gérard Collomb, retraité, touche 1,3 million d'euro pour assister à 7 réunions de conseil d'administration par an, même situation pour messieurs Dubrulle et Pélisson qui touchent 1,2 million pour 12 réunions annuelles.

Peu de choses ont été faites pour encadrer ces déviances. Au Pays-Bas les rémunérations des patrons d'entreprises publiques ou semi-publiques sont plafonnées, et une taxe sur les bonus de rémunération est à l'étude, en Allemagne et aux Etats Unis une plus grande transparence est réclamée sur les rémunérations avec l'obligation de les publier et de motiver les critères de celles-ci.

En France, seuls Michel Voisin et Pascal Clément (UMP) ont fait des propositions d'encadrement. Mais face au lobby patronal, celles-ci sont passées à la trappe.

Plusieurs solutions sont envisageables : soumettre les salaires exceptionnels au vote des actionnaires en Assemblée Générale, suspendre leur attribution en cas de difficultés financières de l'entreprise ou de licenciements, supprimer les golden hellos, limiter le nombre de mandats d'administrateur (pour les comités de rémunération), responsabiliser et sanctionner les conseils d'administration ou motiver les rémunérations exceptionnelles.

samedi 1 septembre 2007

Babylone a tremblé

Parmis les grandes infos de l'été, entre le retour de Guy Roux et les péripéties de Laure Manaudou, une info a dominé la vie économique : les Bourses mondiales se sont effondrées.
Au-delà du constat, il convient de s'arrêter sur les caractéristiques et les causes de ce mini-krach.

A l'origine de cette crise, les "subprimes mortgages" ou crédits hypothécaires à risque. Le procédé est d'un cynisme incroyable : des banques acceptent d'accorder des prêts immobiliers à des familles potentiellement insolvables (pauvres, minorités ethniques), avec une hypothèque de ces biens en cas de non-paiement.
Le scénario : les clients ne pouvant pas acquitter leurs dettes (exemple : lorsque les taux augmentent progressivement), les banques saisissent les logements et font des plus-values grâce à la hausse de l'immobilier.
Si la première partie du scénario s'est réalisée puisque près d'un million de foyers sont menacés d'être à la rue aux Etats Unis (bravo!), c'est sur la deuxième partie du scénario que nos amis se sont plantés : contrairement à leurs prévisions, l'immobilier a baissé, d'où un manque à gagner pour les banques.
Ces subprimes mortgages ont été vendus dans des packages d'action, type SICAV dynamiques.
La crise a alors touché des entreprises ou banques (IKB, BNP...) qui ont investis dans ces fonds risqués, entrainant l'ensemble des places boursières mondiales dans la tourmente.

Autre cause de la crise : l'indépendance des agences de notation. Ces agences (Standard & Poor's, Moody's, Fitch...) qui évaluent la solidité financière des entreprises, donnent des recommandations et notes aux fonds.
Seulement, ces agences de notation sont payées par les fonds et banques qu'ils notent, cette rémunération représentant jusqu'à la moitié de leur chiffre d'affaire, d'où des négociations pour que la maîtresse mette une bonne note au petit Kevin.
Dès lors les agences de notation favorisent les bons payeurs dans leurs notations, entrainant l'intérêt des investisseurs.
Dans la crise des subprimes, des réserves apparaissaient depuis un an et demi, mais quand un prof corrompu perçoit mensuellement son complément de rémunération, l'élève a des bonnes notes, jusqu'au jour où vient le Bac...

Cette crise prouve en tout cas la nécessité d'encadrer et de moraliser le capitalisme. Celui-ci n'ayant plus d'ennemi extérieur, son seul ennemi n'est que lui-même.